Tous les articles
Comment gérer la culpabilité de la séparation ?
8 septembre 2026

Je pense que personne n’a envie de divorcer au départ, personne ne le souhaite quand on décide de se marier ; Puis d’avoir des enfants. Pour autant, en tant qu’adulte, prendre la décision de se séparer ou de divorcer quand on a des enfants, c’est accepter de détruire une famille. « Je suis dévasté et en même temps je suis surtout soulagé. »
Dans mon cas, la décision a été plutôt commune. En tout cas, nous étions d’accord pour nous dire qu’il n’y avait plus d’autres solutions que le divorce.
Je pense que personne n’a envie de divorcer au départ, personne ne se le souhaite quand on décide de se marier. Puis d’avoir des enfants.
Pour autant, en tant qu’adulte, prendre la décision de se séparer ou de divorcer quand on a des enfants, c’est accepter de détruire une famille.
Les enfants eux étaient heureux. A minima, Ils ne se posaient pas trop de questions. Au regard des enfants, les parents c’est immuable.
Alors une fois la séparation effective, les biens répartis (un sujet que j’aborderais bientôt) et qu’on se retrouve dans son nouveau chez soi avec ses enfants, vous avez probablement ressenti en même temps un grand vide et un grand soulagement.
« Je suis dévasté et en même temps je suis surtout soulagé. » Mais ça, vous ne lie dites à personne. Et surtout pas à vos enfants.
Cette phrase revient, presque mot pour mot, dans les témoignages de pères qui ont quitté leur couple. Le silence qui l'entoure a un coût. La question qui pèse est simple : avait-on le droit ?
Une étude publiée en 2022 sur les ruptures amoureuses documente un partage net entre celui qui initie et celui qui subit.
L'initiateur a anticipé, préparé, souvent répété la conversation dans sa tête des dizaines de fois avant de la tenir pour de vrai. Il s'ajuste globalement mieux sur le plan du bien-être. Il paie ce mieux-être par davantage de culpabilité et de remords.
Le non-initiateur vit l'inverse : moins de culpabilité, une détresse générale plus élevée, la sensation d'avoir perdu le contrôle sur sa propre vie.
Une étude allemande plus récente, parue en 2024 dans Family Process, confirme ce partage sur un échantillon de couples séparés : les initiateurs rapportent un niveau de culpabilité nettement plus élevé, leur détresse globale reste plus basse. Le point souvent mal compris est là : la culpabilité est, statistiquement, le prix normal de la position d'initiateur, quelle que soit la justesse de la décision.
Moi j’étais soulagé, dévasté que l’idéal que j’avais envisagé en me mariant n’existe plus et encore à ce jour, 15 ans plus tard, toujours rempli de culpabilité d’avoir fait subir cela à mes enfants.
Beaucoup de séparations se racontent comme des décisions communes. D'abord pour préserver l'image du couple devant les enfants. Ensuite pour éviter le récit d'un abandon. Parfois aussi, simplement, parce que la fin s'est vraiment fait sentir des deux côtés, presque en même temps.
Les travaux cliniques sur ce que la psychologue Nancy Baum appelle la « culpabilité de séparation » montrent qu'il existe presque toujours, sous ce récit lissé, une asymétrie réelle. Quelqu'un a formulé le mot en premier.
Quelqu'un a fait le premier geste concret : un rendez-vous chez l'avocat, un déménagement, l'annonce faite aux enfants un dimanche soir plutôt qu'un autre. Renommer cette asymétrie en « décision commune » ne la fait pas disparaître. Elle continue de produire ses effets, même quand le couple s'accorde publiquement sur un récit partagé.
Se reconnaître comme celui qui a initié est un point de départ honnête pour comprendre ce qu'on ressent réellement.
Un nuancement mérite d'être ajouté ici, documenté par les praticiens de la question.
Celui qui pose officiellement le mot « divorce » n'est pas toujours celui qui a, dans les faits, quitté la relation en premier. Un désengagement progressif, une infidélité, une distance installée depuis des mois.
Le partenaire qui finit par répondre à une situation déjà terminée depuis longtemps par l'autre porte souvent une culpabilité totalement disproportionnée par rapport à sa part réelle dans la rupture.
Le soulagement n'est pas une trahison.
Il existe une confusion fréquente autour de cette question : ressentir du soulagement après une séparation serait la preuve qu'on n'a pas assez souffert ou qu'on a quitté trop facilement une relation qu'il aurait fallu sauver.
Ce raisonnement tourne en rond.
Si la relation rendait les deux personnes, et souvent les enfants, malheureux de façon durable, le soulagement qui suit sa fin n'est pas une anomalie à justifier devant qui que ce soit.
Le modèle des étapes du deuil d'Elisabeth Kübler-Ross, pensé à l'origine pour la perte d'un proche, est régulièrement repris pour décrire le vécu de celui qui subit une rupture : choc, déni, révolte, négociation, réflexion, acceptation. Utile, mais inadapté à celui qui a initié la décision. Pour lui, le travail est un travail de légitimation, souvent solitaire, parce que personne dans son entourage n'attend de lui qu'il ait besoin d'être accompagné sur ce point précis.
Le lien avec le quotidien d'un père séparé est direct. Une culpabilité de décision jamais identifiée pour ce qu'elle est se déplace ailleurs : vers une difficulté à poser un cadre éducatif clair, par peur d'ajouter de la souffrance à un enfant déjà touché par la séparation, et vers une tendance à sur-justifier ses choix devant l'ex-partenaire, les enfants, soi-même.
Parfois, elle prend la forme d'un évitement pur et simple du sujet, qui finit par ressembler, aux yeux de l'enfant, à un malaise permanent chez son père.
Nommer cette culpabilité comme le prix normal d'avoir initié un changement nécessaire aide souvent à ce qu'elle cesse de s'exprimer ailleurs, de façon moins consciente et bien moins utile.
La première chose à faire est de séparer deux culpabilités qu'on confond trop souvent : celle d'avoir provoqué de la douleur chez l'autre, légitime et à traverser, et celle d'avoir pris la décision elle-même, qui mérite d'être interrogée plutôt que subie.
Était-elle réellement une erreur ou seulement difficile ? Deux questions distinctes.
Il faut aussi se méfier du soulagement mal interprété.
Ressentir un apaisement après une séparation nécessaire n'annule en rien la gravité de la décision qui l'a précédée. Les deux coexistent sans se contredire. Le récit de la « décision commune », lui, mérite d'être questionné dès qu'il sert surtout à éviter d'assumer sa part d'initiative. Cette clarté profite ensuite à la coparentalité.
Un signal à surveiller particulièrement : la culpabilité de décision qui se déplace vers l'autorité parentale. Un relâchement soudain du cadre éducatif, une envie permanente de compenser, sont souvent le symptôme d'une culpabilité qui n'a jamais été traitée à sa source. En parler aide, à condition de choisir le bon interlocuteur : un professionnel, ou d'autres pères ayant vécu la même bascule, plutôt que l'entourage proche, presque toujours pris dans le camp de l'un ou de l'autre.
Une culpabilité qui ne s'atténue pas après plusieurs mois, qui s'accompagne d'une auto-dévalorisation persistante ou qui empêche concrètement d'avancer, incapacité à prendre des décisions pour la suite, ruminations qui ne s'arrêtent jamais, dépasse le registre de l'ajustement normal.
Elle justifie l'accompagnement d'un thérapeute, d’un psychologue par exemple.
La culpabilité de séparation est un motif de consultation à part entière, pas un simple sujet annexe au deuil du couple.
C’est aussi pour cela que je me suis dit que dadlydadly devait organiser des sessions avec un psychologue spécialisé. L’idée de ces ateliers en petit groupes de 8 personnes maximum a pour objectif en même temps de prendre conscience de l’universalité de nos questionnements sur ce sujet (et d’autres) par les témoignages des pères présents et d’avoir une regard éclairé et éclairant d’un professionnel afin de nous permettre de prendre du recul, un pas de côté afin de mieux analyser pour mieux avancer.
Envie de lire la suite ?
Créez votre compte gratuit pour accéder à l'article en entier — la lecture est et restera toujours gratuite pour tous les pères.
Créer mon compteJ'ai déjà un compte